Evandre - 31 34 L'embuscade d'Ambiorix

           

31 34 L'embuscade d'Ambiorix (Guerre des Gaules Livre 05, César)

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juxtalinéaire

César : Guerre des Gaules V, 31-34

L'embuscade d'Ambiorix (54 av JC)

En l'absence de César, Titurius et Catta, ses lieutenants, tombent dans une embuscade


31- (…) Nuntiatur prima luce ituros. Consumitur vigiliis reliqua pars noctis, cum sua quisque miles circumspiceret quid secum portare posset, quid ex instrumento hibernorum reliquere cogeretur . Omnia excogitantur quare nec sine periculo mane eatur et languore militum et vigiliis periculum augeatur .

Prima luce sic ex castris proficiscuntur ut quibus esset persuasum non ab hoste sed ab homine amicissimo Ambiorige consilium datum <esse>, longissimo agmine maximisque impedimentis.


32- At hostes postea quam ex nocturno fremitu vigiliisque de profectione eorum senserunt, collocatis insidiis bipertito in silvis, oportuno atque occulto loco a milibus passuum circiter duobus, Romanorum adventum exspectabant, et cum se major pars agminis in magnam convallem demisisset, ex utraque parte ejus vallis subito se ostenderunt novissimosque premere et primos prohibere ascensu atque iniquissimo nostris loco proelium committere coeperunt .

Tum demum Titurius, qui nihil ante providisset, trepidare et concursare cohortesque disponere, haec tamen ipsa timide, atque ut eum omnia deficere viderentur: quod plerumque iis accidere consuevit qui in ipso negotio consilium capere coguntur .

At Cotta, qui cogitasset haec posse in itinere accidere, atque ob eam causam profectionis auctor non fuisset, nulla in re communi saluti deerat et in appellandis cohortandisque militibus imperatoris et in pugna militis officia praestabat. Cum propter longitudinem agminis minus facile omnia per se obire et quid quoque loco faciendum esset providere possent, jusserunt pronuntiari ut impedimenta relinquerent atque in orbem consistere. Quod consilium, etsi in ejus modi casu reprehendendum non est, tamen incommode accidit : nam et nostris militibus spem minuit, et hostes ad pugnam alacriores effecit , quod non sine summo timore et desperatione id factum videbatur .

Praeterea accidit - quod fieri necesse erat - ut vulgo milites ab signis discederent , quaeque quisque eorum carissima haberet, ab impedimentis petere atque arripere properaret, clamore et fletu omnia complerentur.


34- At barbaris consilium non defuit. Nam duces eorum tota acie pronuntiari jusserunt ne quis ab loco discederet : illorum esse praedam atque illis reservari quaecumque Romani reliquissent : proinde omnia in victoria posita existimarent .




Traduction juxta-linéaire :


31- Nuntiatur prima luce ituros.

Reliqua pars noctis

consumitur vigiliis

cum

sua quisque miles circumspiceret

quid secum portare posset,

quid reliquere cogeretur

ex instrumento hibernorum.

Omnia excogitantur

quare nec mane eatur

sine periculo

et periculum augeatur

languore militum et vigiliis.

Prima luce ex castris proficiscuntur

ut quibus esset persuasum

consilium datum <esse>

non ab hoste Ambiorige

sed ab homine amicissimo <Ambiorige>,

sic

longissimo agmine

maximisque impedimentis.


32- At hostes

postea quam

ex nocturno fremitu vigiliisque

de profectione eorum senserunt,

collocatis insidiis bipertito

in silvis,

oportuno atque occulto loco

a milibus passuum circiter duobus,

Romanorum adventum exspectabant,

et cum major pars agminis

in magnam convallem se demisisset,

ex utraque parte ejus vallis

subito se ostenderunt,

et coeperunt

novissimosque premere

et primos prohibere ascensu

atque proelium committere

iniquissimo nostris loco.


Tum demum Titurius,

qui nihil ante providisset,

trepidare et concursare

cohortesque disponere,

haec tamen ipsa timide,

atque ut

eum omnia deficere viderentur:

quod plerumqueaccidere consuevit

iis qui coguntur

in ipso negotio consilium capere.

At Cotta,

qui cogitasset

haec posse in itinere accidere,

atque ob eam causam

profectionis auctor non fuisset,


nulla in re

communi saluti deerat

et in appellandis cohortandisque militibus

imperatoris <officia praestabat>,

et in pugna militis officia praestabat.

Cum propter longitudinem agminis

minus facile possent

omnia per se obire

et providere

quid quoque loco faciendum esset

jusserunt pronuntiari

ut impedimenta relinquerent

atque in orbem consistere.

Quod consilium,

etsi in ejus modi casu

reprehendendum non est,

tamen incommode accidit :

nam et nostris militibus

spem minuit,

et effecit hostes

ad pugnam alacriores,

quod id factum videbatur

non sine summo timore et desperatione.


Praeterea accidit

- quod fieri necesse erat -

ut vulgo milites

ab signis discederent ,

quaeque quisque eorum carissima haberet,


properaret

ab impedimentis petere atque arripere

clamore et fletu omnia complerentur.


34- At barbaris consilium non defuit.

nam duces eorum

tota acie pronuntiari jusserunt

ne quis ab loco discederet :

quaecumque Romani reliquissent

illorum esse praedam

atque illis reservari :

proinde

existimarent

omnia posita

in victoria.

31- On annonce qu'à l'aube on partira.

La partie qui reste (reliqua) de la nuit

est consacrée aux veilles,

puisque

chaque soldat examinait avec soin ses affaires,

<pour savoir>ce qu'il pouvait transporter avec lui,

ce qu'il était forcé de laisser

parmi les objets utiles des quartiers d'hiver.

Toutes les choses sont imaginées

pour qu'on ne s'en aille pas d'une part le matin

sans danger (= qu'on multiplie les risques du départ)

et que d'autre part le danger augmentât

à cause de la fatigue des soldats et des veilles.

À l'aube on sort du camp,

comme des gens auxquels il aurait été persuadé

que ce conseil avait été donné

non par leur ennemi Ambiorix

mais par un homme, Ambiorix, le meilleur ami,

ainsi,

en une très longue colonne,

et avec d'énormes bagages.


32- Mais les ennemis

après que,

d'après le bruit nocturne et les veilles,

ils eurent pris conscience du départ de ceux-ci,

ayant organisé une embuscade en deux parties

dans les forêts,

en un lieu favorable et caché,

à deux mille pas <de là> environ,

ils attendaient l'arrivée des romains,

et comme la plus grande partie de la colonne

s'était engagée dans une grande vallée encaissée,

des deux côtés de cette vallée,

soudain ils se montrèrent,

et ils commencèrent

à accabler à la fois (-que) ceux de l'arrière-garde,

et à écarter ceux de l'avant-garde du passage

et à engager le combat

dans un endroit très désavantageux pour les nôtres.


Alors seulement Titurius,

parce qu'il (qui+subj) n'avait rien prévu auparavant,

s'agite, court partout, (inf de narration)

et dispose les cohortes,

mais, ces actions mêmes, <il les fait> sans assurance,

et de façon telle que (ut consécutif)

toutes les choses semblaient l'abandonner:

ce qui , la plupart du temps, a l'habitude d'arriver

à ceux qui sont forcés

de prendre une décision dans l'action elle-même.

Par contre Cotta,

parce qu'il avait pensé

que cela pouvait arriver en chemin

et que pour cette raison

il n'avait pas été le garant du départ (n'avait pas approuvé le départ)

en aucune circonstance

ne faisait défaut au salut commun

et pour interpeller et exhorter les soldats

il faisait office de général en chef,

et dans la mêlée, il faisait office de soldat du rang.

Comme, à cause de la longueur de la colonne,

ils pouvaient moins facilement

se charger par leurs propres moyens de tout

et prévoir

ce qu'il fallait faire en chaque endroit

ils ordonnèrent qu'on annonce (passif impersonnel)

d'abandonner les bagages

et de s'établir en cercle.

Et cette décision, (relatif de liaison)

même si dans un cas de ce genre

elle n'est pas blâmable,

tomba pourtant mal : (arriva de façon fâcheuse)

car d'une part pour nos soldats

elle diminua l'espoir,

et d'autre part elle rendit les ennemis

plus ardents (attribut du COD) pour le combat,

parce que cela semblait avoir été fait

non sans (=seulement à cause de) un excès de peur et de désespoir.

En outre il arriva

- ce qu'il était nécessaire qu'il se produisît -

que les soldats en foule

s'éloignaient des enseignes (= rompaient les rangs)

et que, les choses que chacun d'eux avait de plus précieuses,

<chacun> se hâtait

de les chercher et de les arracher des bagages,

et que tout était plein de cris et de pleurs.


34- Mais l'intelligence ne fit pas défaut aux barbares.

car leurs généraux

ordonnèrent qu'on annonce sur toute la ligne de bataille

que personne ne s'écarte de sa place :

tout ce que les Romains auraient laissé

constituait (était) leur butin

et leur était réservé :

par conséquent

ils devaient estimer (subj d'ordre , au style indirect)

que tout dépendait

de la victoire.


Éléments de commentaire :

  1. Intentions d'Ambiorix : rassurer les Romains en leur permettant de partir avec leurs bagages (impedimenta); leur tendre une embuscade dans un lieu favorable ( silvas; convallis); leur livrer combat alors qu'ils sont encombrés de bagages auxquels ils tiennent (§ 31 fin et § 32) (et qui constitueront un excellent butin ! dernier §), en ordre de marche (agmen) et qu'ils ne s'y attendent pas.(subito se ostenderunt).

  2. Jugements du narrateur sur les chefs : Titurius (-) : qui nihil ante providisset, trepidare, concursare, timide; Cotta (+) : qui cogitasset…auctor non fuisset; imperatoris officium; militis officium (et le seul "imperator", en Gaule, c'est …César!)

  3. Valorisation du narrateur : §31 : quare… IRONIE du narrateur. ut quibus esset persuasum…; qui + subjonctif : deux fois; propter longitudinem agminis; quod non … videbatur (§33). Le général en chef, en stratège expérimenté, juge ses subordonnés, et analyse les raisons des mouvements de l'ennemi, et de ses propositions.

  4. Les erreurs soulignées : Erreur de jugement de Titurius à l'égard d'Ambiorix, et échec de concertation entre les deux légats; erreur d'organisation de l'ordre de marche (agmen), trop tard corrigé (in orbem); goût excessif des soldats pour leurs biens (instrumentum hibernorum), qui sape la discipline dans le danger (discederent ab signis), et le moral (clamor, fletus)

  5. Qualités et défauts des barbares : Opposition entre le nom appliqué aux ennemis (barbaris) et leurs qualités : intelligence et esprit de décision (consilium), maintien de la discipline (ne quis ab loco discederet), subordination du goût du profit (pillage des bagages abandonnés) à la victoire.

CCL : analyse sans concession de l'échec pour pouvoir valoriser son action ultérieure? Par souci d'objectivité? Les deux lieutenants de César périront dans cette affaire : drôle d'éloge funèbre!



Mots de liaisons


César danger discipline embuscade guerre panique richesse

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