Evandre - cru 2007

           

cru 2007 (phrases avec traductions, Anabac)

Format pdf : Texte au format PDF

à déguster rapidement

1 Un grand poète : Virgile

Géorgiques, II, 458-460


O fortunatos nimium, sua si bona norint,

Agricolas! Quibus ipsa, procul discordibus armis,

Fundit humo facilem victum justissima tellus.


O trop heureux les cultivateurs, s'ils connaissaient leur bonheur ! Loin des discordes armées, la terre d'elle-même leur prodigue avec une justice parfaite une nourriture facile. (Trad E de Saint Denis, Les Belles Lettres 1963)








2 Un grand poète : Virgile

Géorgiques, II, 490-492


Felix qui potuit rerum cognescere causas,

Atque metus omnes et inexorabile fatum

Subjecit pedibus strepitumque Acheruntis avari§


Heureux qui a pu connaître les principes des choses, qui a foulé aux pieds toutes les craintes, l'inexorable destin et tout le bruit fait autour de l'insatiable Achéron! (Trad E de Saint Denis, Les Belles Lettres 1963)







3 Un grand poète : Virgile

Géorgiques, II, 500-503


Quos rami fructus, quos ipsa volentia rura

Sponte tulere sua, carpsit nec ferrea jura

Insanumque forum aut populi tabularia vidit.


Les fruits que portent les branches et ceux que donnent spontanément les campagnes bienveillantes, il les cueille, ignorant la rigueur du code, les démences du forum ou les archives nationales. (Trad E de Saint Denis, Les Belles Lettres 1963)









4 Un grand poète : Virgile

Géorgiques III, 242-244


Omne adeo genus in terris hominumque ferarumque

Et genus aequoreum, pecudes pictaeque volucres

In furias ignemque ruunt : amor omnibus idem.


Oui, toute la race des êtres terrestres, hommes ou bêtes, et celle des bêtes marines, les troupeaux et les oiseaux multicolores, se jettent furieusement dans ces ardents transports : l'amour est le même pour tous. (Trad E de Saint Denis, Les Belles Lettres 1963)


5 Un grand poète : Virgile

Géorgiques IV 464-466 (Orphée et Eurydice)


Ipse cava solans aegrum testudine amorem

Te, dulcis conjux, te solo in litore secum,

Te veniente die, te decedente canebat.


Orphée, lui, cherchant sur sa lyre creuse une consolation à son amour douloureux, il te chantait, épouse chérie, il te chantait seul avec lui-même sur la rive solitaire, il te chantait quand venait le jour, quand le jour s'éloignait. (Trad E de Saint Denis, Les Belles Lettres 1963)






6 Un grand poète : Virgile

Géorgiques IV vers 471-474 (Orphée et Eurydice)


At cantu commotae Erebi de sedibus imis

Umbrae ibant tenues simulacraque luce carentum,

Quam multa in foliis avium se milia condunt,

Vesper ubi aut hibernus agit de montibus imber (…)


Cependant, émues par son chant, du fond des demeures de l'Erèbe, les ombres ténues et les fantômes des êtres privés de la lumière s'avançaient, aussi nombreux que les milliers d'oiseaux qui se cachent dans le feuillage, quand Vesper ou une pluie d'orage les chasse des montagnes (…) (Trad E de Saint Denis, Les Belles Lettres 1963)





7 Un grand poète : Virgile

Géorgiques IV vers 494-496 (Orphée et Eurydice)


Illa :" Quis et me", inquit "miseram et te perdidit, Orpheu,

Quis tantus furor? En iterum crudelia retro

Fata vocant conditque natantia lumina somnus."


Alors : "Quelle est, dit-elle, cette folie qui m'a perdue, malheureuse que je suis, et qui t'a perdu, Orphée? Quelle folie? Voici que pour la seconde fois les destins cruels me rappellent en arrière et que mes yeux se ferment, noyés dans le sommeil." (Trad E de Saint Denis, Les Belles Lettres 1963)





8 Un grand poète : Virgile

Géorgiques IV vers 507-510


Septem illum totos perhibent ex ordine menses

Rupe sub aeria deserti ad Strymonis undam

Flevisse et gelidis haec evolvisse sub antris

Mulcentem tigres et agentem carmine quercus.


Durant sept mois de suite, sept mois entiers, dit-on, au pied d'une roche aérienne, sur les bords du Strymon désert, il pleura et conta ses malheurs sous les antres glacés, charmant les tigres et entraînant les chênes par son chant. (Trad E de Saint Denis, Les Belles Lettres 1963)



1 Écrire l'histoire

Salluste : Conjuration de Catilina V


Lucius Catilina, nobili genere natus, fuit magna vi et animi et corporis, sed ingenio malo pravoque. Huic ab adulescentia bella intestina, caedes, rapinae, discordia civilis grata fuere, ibique juventutem suam exercuit.


L.Catilina, né d'une illustre famille, avait une âme forte et un corps vigoureux, mais une nature mauvaise et dépravée. Dès son adolescence, il trouva plaisir aux guerres intestines, aux massacres, aux pillages, aux désordres politiques et y prit part pendant sa jeunesse. (traduction François Richard, Garnier Flammarion, 1968)






2 Écrire l'histoire

Salluste : Conjuration de Catilina V


Animus audax, subdolus, varius, cujus rei lubet simulator ac dissimulator; alieni adpetens, sui profusus; ardens in cupiditatibus; satis eloquentiae, sapientiae parum. Vastus animus immoderata, incredibilia, nimis alta semper cupiebat.


(…) Esprit à la fois audacieux et perfide, mobile, capable de tout feindre et de tout dissimuler, avide du bien d'autrui, prodigue du sien, ardent dans ses passions, assez éloquent, peu raisonnable. Insatiable, il visait l'impossible, l'incroyable et toujours trop haut. (traduction François Richard, Garnier Flammarion, 1968)





3. Écrire l'histoire

Tite-Live Histoire de Rome XXI, IV 5 Hannibal arrive en Espagne, auprès de son oncle, le général Hasdrubal

Nunquam ingenium idem ad res diversissimas, parendum atque imperandum, habilius fuit. Itaque haud facile discerneres utrum imperatori an exercitui carior esset; neque Hasdrubal alium quemquam praeficere malle ubi quid fortiter ac strenue agendum esset, neque milites alio duce plus confidere aut audere.


Jamais esprit ne se plia avec plus de souplesse aux deux choses les plus opposées, savoir obéir et savoir commander. Aussi était-il difficile de distinguer qui l'aimait le plus, du chef ou des soldats. Hasdrubal ne lui préférait personne pour diriger une expédition qui demandait du courage et de l'initiative; aucun chef n'inspirait aux soldats plus de confiance et d'audace. (Traduction d'a.Bourgery, Hatier, 1960)










4.écrire l'histoire :

Tite-Live Histoire de Rome, XXI, IV, 5-6 Portrait d'Hannibal en Espagne

5 Plurimum audaciae ad pericula capessenda, plurimum consilii inter ipsa pericula erat. Nullo labore aut corpus fatigari aut animus vinci poterat. 6 Caloris ac frigoris patientia par; cibi potionisque desiderio naturali, non voluptate modus finitus; vigiliarum somnique nec die nec nocte discriminata tempora;


C'est lui qui avait le plus d'intrépidité pour affronter les périls, le plus de décision au milieu des périls mêmes. Il endurait également la chaleur et le froid; pour se nourrir et pour boire, il se réglait sur le besoin, non sur le plaisir; pour les veilles et pour le sommeil, aucune distinction entre la nuit et le jour. (Traduction d'a.Bourgery, Hatier, 1960)


5 écrire l'histoire : Tite-Live Histoire de Rome, XXI, IV, 7-8 Portrait d'Hannibal en Espagne


7 id quod gerendis rebus superesset quieti datum; ea neque molli strato neque silentio accersita; multi saepe militari sagulo opertum humi jacentem inter custodias stationesque militum conspexerunt. 8 Vestitus nihil inter aequales excellens: arma atque equi conspiciebantur. Equitum peditumque idem longe primus erat; princeps in proelium ibat, ultimus conserto proelio excedebat.


Il donnait au repos les moments que lui laissait l'action : ce repos n'était pris ni sur un matelas moelleux ni dans le silence; bien des soldats le virent souvent couvert d'un manteau de troupe, couché par terre au milieu des sentinelles et des petits postes. Son costume ne le différenciait en rien de ses camarades: il se faisait remarquer uniquement par la tenue de ses armes et de ses chevaux. (Traduction d'a.Bourgery, Hatier, 1960)






6 écrire l'histoire : Tacite, Annales XIV 6 : Agrippine vient d'échapper à un attentat machiné par son fils, l'empereur Néron


(…) solum insidiarum remedium esse sensit, si non intellegerentur; misitque libertum Agerinum, qui nuntiaret filio benignitate deum et fortuna ejus evasisse gravem casum; orare ut, quamvis periculo matris exterritus, visendi curam differret; sibi ad praesens quiete opus.


Elle comprit que le seul moyen d'échapper au complot, était de ne pas le deviner. Elle envoya donc l'affranchi Agérinus annoncer à son fils que la bonté des dieux et la fortune de l'empereur l'avaient sauvée d'un grand péril; elle le priait, tout effrayé qu'il pouvait être du danger de sa mère, de différer sa visite; elle avait pour l'instant besoin de repos. (Traduction Henri Bornecque, Garnier frères, 1947)





7. Écrire l'histoire : Tacite, Annales XIV 7 : l'empereur Néron vient de tenter de se débarrasser de sa mère Agrippine. Il vient d'apprendre son échec.


Tum, pavore exanimis et jam jamque adfore obtestans vindictae properam, sive servitia armaret vel militem accenderet, sive ad senatum et populum pervaderet, naufragium et vulnus et interfectos amicos objiciendo, quod contra subsidium sibi, nisi quid Burrus et Seneca …

Alors, éperdu, hors de lui-même, il affirme qu'elle va arriver prompte à la vengeance, soit qu'elle armât ses esclaves ou soulevât les soldats, soit qu'elle se jetât dans les bras du sénat et du peuple et leur dénonçât son naufrage, sa blessure, ses amis tués : lui, quel appui lui restait-il contre eux, si Burrus et Sénèque…(Traduction Henri Bornecque, Garnier frères, 1947)





8. Écrire l'histoire : Tacite, Annales XIV 7 : l'empereur Néron envoie Anicetus assassiner sa mère Agrippine


(…) respicit Anicetum, trierarcho Herculeio et Obarito centurione classiario comitatum; ac, si ad visendum venisset, refotam nuntiaret, sin facinus patraturus, nihil se de filio credere; non imperatum parricidium. Circumsistunt lectum percussores, et prior trierarchus fusti caput ejus adflixit. Jam in mortem centurioni ferrum destringenti protendens uterum "ventrem feri" exclamavit, multisque vulneribus confecta est.


(…) elle se retourne et voit Anicétus accompagné du triérarque Herculeius et d'Obaritus, centurion de la flotte. Elle lui dit "que, s'il était envoyé pour la voir, il pouvait annoncer qu'elle était remise; que, s'il venait pour un crime, elle en croyait son fils innocent; il n'avait pas commandé un parricide". Les assassins environnent son lit, et le triérarque lui asséna le premier un coup de bâton sur la tête. Déjà le centurion tirait son épée pour lui donner la mort. "Frappe ici", s'écria-t-elle en lui montrant son ventre, et elle expira percée de coups. …(Traduction Henri Bornecque, Garnier frères, 1947)



  1. épicurisme, stoïcisme et vie de la cité :

Lucrèce, De rerum natura, I, vers 10-13

Nam simul ac species patefactast verna diei

Et reserata viget genitabilis aura Favoni,

Aeriae primum volucris te, diva, tuumque

Significant initum perculsae corda tua vi.


Car sitôt qu'a reparu l'aspect printanier des jours, et que brisant ses chaînes reprend vigueur le souffle fécondant du Favonius, tout d'abord les oiseaux des airs te célèbrent, ô Déesse, et ta venue, le cœur bouleversé par ta puissance. (Traduction d'Alfred ERNOUT, Paris, Les Belles-Lettres, 1920-1965)





  1. épicurisme, stoïcisme et vie de la cité :

Lucrèce, De rerum natura, I vers 98-101 : juste après la narration du sacrifice d'Iphigénie…

sed casta inceste nubendi tempore in ipso

hostia concideret mactatu maesta parentis,

exitus ut classi felix faustusque daretur.

Tantum religio potuit suadere malorum.


Mais laissée vierge criminellement, dans la saison même du mariage, elle devait succomber, victime douloureuse immolée par son père, afin d'assurer à la flotte un départ heureux et des dieux favorables. Tant la religion put conseiller de crimes ! (Traduction d'Alfred ERNOUT, Paris, Les Belles-Lettres, 1920-1965)






  1. épicurisme, stoïcisme et vie de la cité :

Lucrèce, De rerum natura, II, vers 1-4 :

Suave, mari magno turbantibus aequora ventis

e terra magnum alterius spectare laborem;

non quia vexari quemquamst jucunda voluptas,

sed quibus ipse malis careas quia cernere suavest.


Il est doux, quand sur la grande mer les vents soulèvent les flots, d'assister de la terre aux rudes épreuves d'autrui: non que la souffrance de personne nous soit un plaisir si grand; mais voir à quels maux on échappe soi-même est chose douce. (Traduction d'Alfred ERNOUT, Paris, Les Belles-Lettres, 1920-1965)





  1. épicurisme, stoïcisme et vie de la cité

Lucrèce, De rerum natura, II, vers 1-4 :

Ex hominis vero facie pulchroque colore

nil datur in corpus praeter simulacra fruendum

tenuia; quae vento spes raptast saepe misella.


Mais de la beauté d'un visage, de l'éclat d'un teint, le corps ne peut rien absor­ber dont il puisse jouir, rien, sinon d'illusoires représenta­tions. Pauvre espoir, le plus souvent balayé par le vent ! (traduction de Chantal Labre, éditions Arléa, Paris, 1992)


  1. épicurisme, stoïcisme et vie de la cité : Cicéron, Tusculanes, II, 41

Quis mediocris gladiator ingemuit, quis vultum mutavit umquam ? quis non modo stetit, verum etiam decubuit turpiter ? quis, cum decubuisset, ferrum recipere jussus collum contraxit ? Tantum exercitatio, meditatio, consuetudo valet. Ergo hoc poterit


Est-il un gladiateur passable qui ait jamais gémi, dont la physionomie se soit altérée? En est-il qui aient eu une attitude honteuse, non seulement dans la lutte, mais lorsqu'ils allaient à terre? Qui, une fois à terre, aient rentré le cou, lorsqu'ils avaient reçu l'ordre de tendre la gorge? Telle est la puissance de l'entraînement, de l'étude, de l'habitude. (Traduction Humbert-Rambaux, les Belles lettres, 1930)






  1. épicurisme, stoïcisme, et vie de la cité : Cicéron, Tusculanes, II, 51: le véritable sage…

(…) eriget ipse se, suscitabit, instruet, armabit, ut tamquam hosti sic obsistat dolori . Quae sunt ista arma ? Contentio, confirmatio sermoque intimus, cum ipse secum : " Cave turpe quicquam, languidum, non virile ".


Il se redressera de lui-même, il s'animera, il s'équipera, il s'armera, pour faire face à la douleur tout comme à un ennemi. Quelles sont ces armes? L'effort, la décision, la parole intérieure, comme si l'on se disait à soi-même : évite tout ce qui est honteux, lâche, indigne d'un homme. (Traduction Humbert-Rambaux, les Belles lettres, 1930)





  1. épicurisme, stoïcisme, et vie de la cité : Cicéron, Tusculanes, II, 52

(…) nos, si pes condoluit , si dens [ sed fac totum dolere corpus ], ferre non possumus. Opinio est enim quaedam effeminata ac levis - nec in dolore magis quam eadem in voluptate-, qua cum liquescimus fluimusque mollitia, apis aculeum sine clamore ferre non possumus.


Et nous, un mal de pied, une rage de dents (que serait-ce si la souffrance s'étendait à tout le corps?) nous ne pouvons le supporter. La cause en est une opinion de nature efféminée et inconsistante, dont au reste le rôle n'est pas moindre dans le plaisir que dans la douleur; cette opinion produit en nous un effet dissolvant et nous amollit au point que nous ne pouvons souffrir sans crier la piqûre d'une abeille. (Traduction Humbert-Rambaux, les Belles lettres, 1930)







  1. épicurisme, stoïcisme, et vie de la cité : Sénèque , De vita beata I 3


Atqui nulla res nos majoribus malis implicat quam quod ad rumorem componimur, optima rati ea quae magno assensu recepta sunt, quodque exempla nobis multa sunt nec ad rationem sed ad similitudinem vivimus. Inde ista tanta coacervatio aliorum super alios ruentium.


Dans ces conditions, rien ne nous plonge dans de plus grands maux que le fait de nous régler sur l'opinion publique, avec la certitude que le bien suprême est ce qui est accueilli par l'assentiment général, d'avoir une légion de modèles et de vivre non selon la raison mais par esprit d'imitation. De là ce lamentable et énorme entassement d'hommes qui s'écroulent les uns sur les autres. (Traduction Marel, Coffigniez, Jonneaux; Bordas 1988)



  1. La perte des valeurs et le mythe de l'âge d'or : Horace, Odes, II,15, vers 17-20

Nec fortuitum spernere caespitem

Leges sinebant, oppida publico

Sumptu jubentes et deorum

Templa novo decorare saxo.


Les lois ne souffraient pas que le Romain dédaignât sa chaumière couverte d'un quelconque gazon, et elles réservaient pour la décoration des villes et des temples des dieux, aux frais des deniers publics, la pierre d'une emploi tout nouveau. (traduction R.Billard, Plon, 1942)






  1. La perte des valeurs et le mythe de l'âge d'or : Ovide, Métamorphoses, I, 89-94

Aurea prima sata est aetas, quae vindice nullo,

Sponte sua, sine lege fidem rectumque colebat.

Poena metusque aberant nec verba minantia fixo

Aere legebantur, nec supples turba timebat

Judicis ora sui, sed erant sine vindice tuti.


En premier fut engendré l'âge d'or, qui, sans protecteur, de lui-même, sans lois, cultivait la loyauté et le droit. Châtiment et crainte n'existaient pas, on ne lisait pas de phrases menaçantes dans le bronze des affiches publiques et la foule n'était pas là, suppliante, à craindre les mots que prononcerait la bouche de son juge. Au contraire, on vivait en sûreté sans protecteur.(Traduction Ko, Boehrer, Debleds, Delmas-Massouline, Hachette 2003)

Valid XHTML 1.0!